INTENTION

L’intention de l’auteure-réalisatrice

C’est lors d’une rencontre avec une ukrainienne en 2007 que j’entends pour la première fois le nom d’Holodomor et le chiffre de 6 millions de morts.

J’entame alors des recherches, me rends plusieurs fois en Ukraine pour interroger des universitaires et rencontrer des survivants, rechercher des archives.

Ce que je découvre

  • un chef d’état, Staline, affame froidement des millions de paysans rebelles à ses idées, pour les remplacer par « un homme nouveau » russe soviétique
  • il a réussi à installer une omerta internationale qui dure depuis 80 ans

finit de me décider à m’investir totalement dans ce sujet.

« Plus jamais ça…  » me répétait une des survivantes du Holodomor que j’ai rencontrée. C’est pour cela qu’elle a accepté de sortir du silence et de témoigner devant une caméra.

Oui, pour moi, au fur et à mesure de mon enquête, il devenait évident que faire connaître et reconnaître cette période ignorée de l’Histoire relevait d’un devoir, un devoir de mémoire rendu plus impératif par l’actualité mondiale. L’utilisation de la famine pour faire pression sur les populations ne se répand-elle pas dans le monde ?

Mon métier de journaliste et mon origine française sans attache ukrainienne me permettent de garder des distances sur ce sujet et de ne pas vivre cette histoire comme un combat personnel.

 

Ce film est un projet ambitieux :

Par son concept

Réaliser un film sur un sujet historique qui ne soit pas un cours d’histoire, ni un film d’archives, mais un film ancré dans la réalité ukrainienne contemporaine, tel était le challenge que je m’étais fixé. Relater une histoire, l’histoire d’un peuple qui, au cours de deux décennies, a enduré de terribles épreuves tout en gardant sa dignité.

Faire un film coloré d’un sujet noir, un film vivant en racontant la mort.

Faire un film d’espoir à partir d’une opération de déshumanisation menée froidement et méthodiquement et qui s’est soldée par des millions de victimes.

Par son traitement

Rigueur historique et création artistique, telle est la gageure.

Livrer une histoire, des images, des paroles terrifiantes et poignantes avec pudeur, sans mélo, sans effet ostensible. Dire, montrer avec simplicité et réserve, mais détermination.

Donner des anecdotes tout en transmettant du savoir, montrer l’ombre de Staline et la lumière du peuple ukrainien.

Trois parties structurent le propos. Avant, pendant, après l’Holodomor. Rien de bien innovant mais il faut de la clarté, de la précision, afin de bien faire comprendre le processus et d’établir la démonstration de ce qui doit s’appeler « un génocide ».

Par sa responsabilité

Répondre au besoin de la communauté ukrainienne de sortir du déni de cette famine. Pour cicatriser ses blessures et regarder l’avenir, l’Ukraine a besoin de faire un travail de mémoire.

Bénédicte BANET